Retraité français en Thaïlande : ce que la Sécu couvre encore
Vous préparez votre retraite en Thaïlande, et une question revient toujours : « et ma carte Vitale, elle sert encore à quelque chose ? » La réponse est plus simple qu'on ne le croit, et plutôt rassurante — à condition de faire trois démarches avant de partir.
Cet article concerne les retraités affiliés au régime français. Si votre pension vient de Belgique, de Suisse, du Canada ou d'ailleurs, les règles sont différentes : votre caisse est le bon interlocuteur.
Sur place, la Sécurité sociale ne rembourse rien
La France a signé des conventions de sécurité sociale avec une quarantaine de pays. La Thaïlande n'en fait pas partie. Elle n'apparaît ni dans la liste des accords en vigueur, ni dans celle des accords signés mais pas encore appliqués.
Conséquence, sans ambiguïté : une fois votre installation déclarée, vos frais de santé en Thaïlande ne sont plus couverts par l'Assurance Maladie française. Consultation, hôpital, médicaments : tout est à votre charge, ou à celle de votre assurance.
Deux solutions, et il faut en choisir une :
- la Caisse des Français de l'Étranger (CFE), la caisse volontaire qui prolonge un fonctionnement proche de la Sécu ;
- une assurance santé internationale privée.
Ce n'est pas une formalité qu'on repousse : entre le jour du départ et le jour de l'adhésion, il n'y a rien du tout.
Ce que vous gardez : les soins pendant vos séjours en France
C'est la partie que beaucoup ignorent, et c'est une bonne nouvelle. Vivre à l'étranger ne vous coupe pas de la Sécu quand vous revenez au pays.
Trois conditions, toutes les trois nécessaires :
- vous percevez une pension de vieillesse française ;
- vous avez cotisé au moins 15 ans à un ou plusieurs régimes obligatoires français ;
- vous n'exercez aucune activité professionnelle.
Si c'est votre cas, vous vous inscrivez au Cnarefe — le Centre national des retraités de France à l'étranger — sur ameli-rfe.fr. Vous êtes alors rattaché à la CPAM de Seine-et-Marne, qui gère ce centre, et vos soins sont pris en charge lors de vos séjours temporaires en France.
Deux limites à connaître, précisées par le CLEISS :
- votre conjoint n'y a pas droit s'il ne remplit pas lui-même les conditions ;
- une hospitalisation de plus d'un mois demande un accord préalable, validé par un contrôle médical.
Autrement dit : votre carte Vitale garde un sens, mais pour la France, et pour des séjours. Pas pour vos soins à Bangkok ou à Chiang Mai.
Ce que personne ne paiera à votre place : le rapatriement
Un point souvent découvert au pire moment. La Sécurité sociale ne prend jamais en charge le transport sanitaire depuis l'étranger. Ni l'avion médicalisé, ni l'équipe d'accompagnement. Ameli le dit noir sur blanc et recommande de souscrire « un contrat d'assistance ou d'assurance, qui garantit le remboursement des frais médicaux engagés et le rapatriement sanitaire ».
C'est une ligne à vérifier dans votre contrat avant de partir, pas après : un rapatriement se chiffre en dizaines de milliers d'euros, et le plafond de garantie compte autant que la garantie elle-même. Lisez aussi ce qui est exclu — l'âge, les maladies déclarées avant l'adhésion, les sports.
Ce que ça change sur votre pension
Si vous n'êtes plus domicilié fiscalement en France, vous êtes exonéré de CSG, de CRDS et de CASA sur votre pension. À la place s'applique une cotisation d'assurance maladie de 3,2 %, prévue par l'article D711-5 du code de la sécurité sociale. Une retenue à la source peut également s'appliquer sur la pension au-delà d'un certain montant, sauf si la convention fiscale entre la France et votre pays de résidence en dispose autrement.
Et au Vietnam ?
Exactement la même situation : le Vietnam n'a pas non plus de convention de sécurité sociale avec la France. Tout ce qui est écrit plus haut s'y applique à l'identique.
Se soigner en France n'est pas frauder
Il circule beaucoup de messages inquiétants sur le sujet, et une mise au point est utile. Utiliser vos droits en France quand vous y séjournez, c'est légal : c'est précisément ce que le Cnarefe organise.
Ce qui pose un problème, c'est autre chose : déclarer une résidence à l'étranger tout en vivant réellement en France. Là, ce n'est plus une question de santé mais de domicile fiscal — et les administrations comparent effectivement leurs informations. La règle est donc simple, et elle n'a rien d'angoissant : faites coïncider vos papiers avec votre vie réelle. Déclarez votre adresse à votre caisse d'assurance maladie et à votre caisse de retraite, tenez-la à jour, et vous n'avez rien à craindre.
Les trois démarches, dans l'ordre
- Avant le départ : prévenir votre caisse d'assurance maladie et votre caisse de retraite de votre départ et de votre nouvelle adresse à l'étranger.
- Dans les semaines qui suivent : souscrire votre couverture sur place — CFE ou assurance internationale — en vérifiant la ligne « rapatriement sanitaire » et son plafond.
- Si vous remplissez les trois conditions : vous inscrire au Cnarefe sur ameli-rfe.fr, pour vos futurs séjours en France.
Trois démarches, une bonne journée de travail au total. Après, vous n'y pensez plus.
- CLEISS — retraite dans un pays sans accord
- ameli.fr — Retraite à l'étranger : votre prise en charge
- CLEISS — liste des conventions bilatérales
- Service des Retraites de l'État — prélèvements sur pension à l'étranger
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